Siryne bon jaliyeur

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Posté le:: 14/05/2006 19:34:55 Sujet: Will they survive? |
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A un mois de la Coupe du Monde allemande, Bruno Godard, journaliste à Onze Mondial, regarde, dans son livre « Les Bleus peuvent-ils vraiment gagner la Coupe du Monde ? », sous les shorts des Bleus. Ou comment une bande de gagneurs devenus Rois du monde sest transformée en une troupe de mercenaires, poussifs et avares. Avant de comprendre pourquoi Raymond Domenech ne prendra pas Ribéry en Allemagne, ou choisira Barthez comme gardien numéro 1 des bleus, avant de sétriper sur la relation Zidane Henry, très infructueuse en dépit du talent des deux protagonistes, avant de sinsulter sur la non réussite de David Trézéguet sous le maillot tricolore, contrastant avec son insolente facilité à transformer nimporte quel ballon en or sous le maillot de la Juventus, avant tout cela donc, et bien dautres bières, et bien dautres hurlements de frustration, il faut lire le livre terrible de Bruno Godard.
Un livre où il est question des Bleus, donc, de ces bleus qui un soir dété 1998 sont devenus des idoles, des héros, des présidents et des dieux. « Le 12 juillet 1998 au matin, les footballeurs nétaient encore que des beaufs. A lissue de la finale, le soir même, ils étaient sexy. » Déjà, tout est dit. Comment des hommes, qui plus est des sportifs, cest-à-dire rarement ceux quon considère comme dignes dêtre écoutés, entendus, ou mis en avant pour vendre quoi que ce soit, deviennent subitement des symboles de réussite, de succès, de bonheur, pour un individu, pour tout le monde, pour un pays tout entier. A partir du 12 juillet 1998, la France, cest la bande à Zidane. Tout, soudain, se met à marcher dans notre beau pays, tout même limmigration, même lintégration, tout se résorbe même la fracture sociale, tout séquilibre, même la balance commerciale. Tout va bien, tout le monde a la banane, grâce à deux coups de boule de Zidane et à un mélange de chance et de talent. La France séclate.
Responsables de cet état dextase, les footballeurs signent des contrats, deviennent des bêtes de pub : « Desailly a signé pour Adidas, SFR Pro, Danone, TPS Star, Ubi Soft, Fifa World Cup DVD. Emmanuel Petit chez Nike, Tuc de Lu, Opel, Assu 2000, Elsève de LOréal, Jean-Claude Jitrois et Pepsi Cola. Zidane, lui, aide les marques Adidas, Dior, Leader Price, Volvic, Canal Satellite et Ford. »
Lénumération est de Godard, splendide et légèrement étourdissante. « Même Franck Leboeuf, dont limage est pourtant loin dêtre parfaite, signe des contrats. Il publie des articles très bien payés dans le Times, vante les produits Adidas, mais aussi ceux de la filière bovine. » Godard ajoute plus loin : « Léquipe toute entière a profité de la manne financière. En 1998, le chiffre daffaires marketing de la France était de 16,8 millions deuros. En 2002, il est passé à 38,1 millions ! »
Tout est question dargent, mais rien nest nouveau ici, seuls les inconditionnels du FC Calais seront choqués. Les vainqueurs de la Coupe du Monde 1998, puis du championnat dEurope 2000 sont imbattables, voire invincibles, ils méritent ce déferlement médiatique, lemballement des tarifs, ils sont incontestablement les meilleurs. Rien que de très normal quon les rémunère en fonction.
Sauf que 2002 arrive, la Coupe du Monde en Corée, la cuisse de Zidane, léchec retentissant, Lemerre débarqué ensuite, un psychodrame dont le foot français, depuis, ne semble pas être tout à fait sorti.
Mais revenons-en à laprès coupe du Monde 2002. Les bleus battus, ridiculisés, lamentables sur trois matchs sans but, sans imagination, sans envie, il faut trouver des coupables. Ou du moins des raisons à la déroute. Cest là que les journalistes entrent en scène. Les journalistes, ou ce quil en reste au Parisien, qui va révéler que les bleus se trouvaient dans un cadre ne prêtant pas forcément à leffort, au travail et au sérieux. Une sorte dhôtel comprenant un casino, et un « fun bar », le Sirocco, ouvert jusquà deux heures du matin. Un bar que les bleus auraient « assidûment fréquentés » selon un certain monsieur Georges, qui prétendra à lépoque que « les joueurs de léquipe de France venaient tous les soirs et que les filles avaient beaucoup de souvenirs avec eux. » Laffaire rendra à lépoque « fou de rage » certains joueurs, le scandale, pourtant, sarrêtera là. Pendant ce temps, Lemerre, lui, fusible, idéal, tente de négocier sa sortie.
Pourquoi ? Question de vie privée. Laquelle a fortement changée, pour cet ancien militaire, ancien champion du monde militaire, dailleurs, avant dêtre champion dEurope. Sa rencontre avec une jeune hollandaise va le pousser au divorce davec son ancienne femme. « Avant il ne pensait quau football et ne sintéressait que de loin à tout ce qui touchait à largent. Avec une femme plus jeune, un enfant en bas âge et un divorce douloureux, il a bien été obligé de penser à son portefeuille. » Cest un ancien proche de Lemerre qui est ici cité. Lemerre va donc négocier, sur la base dun contrat il est vrai juteux signé avec la FFF alors en pleine grâce avant la Coupe du Monde 2002, et partir finalement avec un chèque de 532000 euros. Viendra le choix dun nouveau sélectionneur, Jacques Santini, avec lequel la FFF saura se montrer bien plus prudent quavec Lemerre, puis les péripéties de lavant Euro 2004, de lEuro lui-même, de la défaite en finale.
Tout est raconté, disséqué, de lintérieur, de la vie des bleus, des jalousies au sein du groupe, des problèmes dentente, on atteint souvent des sommets de mesquinerie, mais on ne sen plaint pas, ça se lit comme on regarderait un soap opéra. Et puis, entre la retraite de Dugarry, les coups de gueule dAnelka, et les hésitations de Zidane, on tombe sur quelque morceau danthologie, comme ce chapitre intitulé « Les alcôves bleues » on nous en apprend de belles sur la vie sexuelle de nos chers posters muraux pas encore accrochés : « Boîtes échangistes, bars à hôtesses haut de gamme, call-girls, certains footballeurs ont plongé la main entière dans la confiture. Un pot ouvert par certains journalistes qui, en échange de safari dans les nuits fauves de la capitale, sassuraient de bonnes relations avec les internationaux (...) On parle avec délices de ce président de club, féru de SM, qui se faisait promener en laisse par une charmante jeune fille dans une boîte de nuit russe après un math de Coupe dEurope... » Et tout cela avant 1998 ! Après, cétait pire encore nous raconte Godard...chantage, photos volées, passage à tabac... « Cette course effrénée vers des plaisirs interdits est assez symptomatique de la dérive du foot business. » écrit-il.
Mais son livre nest pas quune suite ininterrompue de ragots, de rumeurs, de « on dit », cest aussi le descriptif par le menu de léchec de leuro 2004, des fissures chez les bleus qui se sont du coup transformées en fractures béantes, des clans qui se sont formés au sein du groupe, les gunners contre les zidaniens, les lyonnais contre les gunners, les zidaniens contre les lyonnais, et ainsi de suite. Avec au milieu un sélectionneur, que finalement, personne ne supporte, un sélectionneur, le dernier en date, lactuel Raymond Domenech, qui écarte Pires pour une histoire de...cul, là encore, le joueur dArsenal coupable davoir un jour partagé le lit de celle qui aujourdhui enchante les nuits de Raymond, si, si, je vous jure...un sélectionneur que personne nécoute, qui a dû subir, plus quanticiper le retour de Zidane, et de Makelele, et de Thuram...un sélectionneur qui ne supporte pas Aulas, et qui, pour emmerder Houiller et lOL, ne prendra pas Coupet, mais bien Barthez, en gardien numéro un. De toute façon, Coupet, Zidane nen veut pas, alors...Et Zidane, Henry nen veut pas, nen voulait plus du moins, emballé par lidée, à lannonce de la première retraite du divin 10, de devenir lui et lui seul le vrai patron. Alors, en août 2005, quand Zidane, envoûté par une voix, décide de revenir, Henry est désemparé, perdu, lire à ce sujet le chapitre « Titi sallonge », qui est une merveille ! Henry est une « diva » selon Godard, et Zidane ne supporte pas les divas, et ne ***çoit pas de ne jouer que pour Henry, comme cela se passe à Arsenal. Bilan : aucune passe de Zidane pour Henry depuis quils jouent « ensemble » en équipe de France...
Non, décidément, plus on tourne les pages de Godard, plus on saperçoit que ces bleus ne saiment pas, ne sont plus quun agrégat de clans, entre ceux qui sont là pour une ultime pige, ceux qui souhaitent devenir à leur tour des dieux, ceux qui ne semblent là que pour semer un peu plus le trouble...Au milieu un coach, isolé, trop isolé, détesté ou ignoré, cest selon, sauf par...Dhorasso ! Le seul qui parle et à qui parle Domenech. Pathétique, non ? Mais le plus pathétique chez ces bleus, cest peut-être ce match soi disant de charité pour les victimes de la catastrophe aérienne qui a frappé les Antilles lété dernier...les bleus devaient offrir leur prime de match, ils nen offriront en fait que 30% ! LEquipe révélera laffaire, et devant le scandale naissant, les bleus monteront jusquà 50%. Pas plus. 50% de 23000 euros, soit 11500 euros par bleu. Comme sils étaient à 11500 euros près...Cest la Fédération qui compensera le manque...
En 200 et quelques pages, on passe dans ce livre de Bruno Godard, dont le principal défaut est de ne sappuyer que sur des sources anonymes, du portrait de joueurs adulés et inattaquables, brillants et exemplaires, au tableau triste et cru dune bande dénergumènes plutôt fatigués, avachis, installés et sans scrupules. Une équipe de notaires, dhuissiers, qui conservent pourtant certaine chance, sans doute, de soulever le trophée en juillet dernier. Paradoxe dun sport où tout est démesure aujourdhui, ou plus rien na de sens. Où la notion même de « valeur » est délicate à définir.
Le football serait-il le plus populaire des sports morts ? _ Le plus mort des sports populaires ?
Il faudra bien quelques arrêts de jeu pour répondre. _________________ Siryne |
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