Siryne bon jaliyeur

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Posté le:: 09/12/2006 22:59:42 Sujet: Adultère et lapidation - Ce que disent les textes ! |
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Adultère et lapidation - Ce que disent les textes !
INTERVIEW AVEC UN SPÉCIALISTE DE LISLAM
par Arthur Nourel
En France et ailleurs, certaines pratiques des musulmans semblent contestables ou dérangent. Ces pratiques sont elles lIslam « véritable » ? De partout fusent des réponses approximatives ou tout à fait erronées. Les prises de position se multiplient ; souvent lignorance habite les esprits.
Il nous a semblé important dinterroger un spécialiste de lislam, le Professeur Mahmoud Azab [1], pour quil nous éclaire sur lIslam en nous donnant des indications historiques et académiques sur les textes fondateurs de la religion et nous expliquera la doctrine religieuse et son évolution qui sont, bien différentes des pratiques populaires de lIslam. Nous inaugurons avec lui une série dentretiens sur les sujets qui questionnent les sociétés occidentales et les communautés musulmanes, notamment en France.
Arthur Nourel : Quest ce que ladultère selon lIslam ?
Mahmoud Azab : Cest une relation sexuelle, hors mariage, entre un homme et une femme ou entre deux hommes ou entre deux femmes. Le but fondamental des religions sémites monothéistes, est de protéger la vie et de lui offrir un cadre organisé comme celui dune cellule familiale. Or un adultère entre un homme et une femme non mariés peut conduire à la procréation. Le nouveau né risque ainsi de se retrouver sans structure familiale pour laccueillir. La relation sexuelle entre deux hommes ou entre deux femmes place le plaisir devant la possibilité de donner la vie. Cette relation est donc réprouvée par lIslam qui, comme le christianisme ou le judaïsme privilégie la procréation et la famille, cest à dire la continuité du genre humain.
AN : Comment prouver ladultère selon les règles de lIslam ?
MA : La preuve de ladultère est très difficile à établir : Le texte du Coran (Sourate 4 « Les Femmes », Verset 15) dit : « appelez quatre témoins que vous choisirez contre celles de vos femmes qui ont commis une action infâme. Sil témoignent ; enfermez les coupables, jusquà leur mort, dans des maisons, à moins que Dieu ne leur offre un moyen de salut ». Cest la première Sourate qui parle de punition à lencontre des femmes en cas dadultère caractérisé.
Le Coran exige donc quatre témoins dont le témoignage concorde. Et si la règle posée par le texte sacré reste générale, les juristes laffinent : Le texte par exemple nindique pas comment seront entendus les quatre témoins ni ce que doit comporter leur témoignage. Les quatre principales doctrines juridiques de lIslam sunnite donnent à ce titre des détails extraordinaires. Ces écoles doctrinales nous apprennent quil faut quun fil passé entre les corps des protagonistes au moment de ladultère présumé, rencontre un obstacle pour que ladultère soit matérialisé. Les quatre témoins doivent donc voir le fil bloqué par un obstacle ! Ils doivent être entendus séparément !
AN : Cela veut-il dire que la preuve de ladultère est tellement difficile quelle en devient impossible ?
MA : Cela veut dire quil nest pas suffisant de trouver un homme et une femme nus dans un lit pour conclure à ladultère. En ce qui concerne le témoignage, le Coran est aussi très exigeant : si lun des quatre témoins venait à contredire les trois autres ou émettait un doute sur la réalité de ladultère, alors il convient dinculper les trois autres témoins pour « faux témoignage ». Les trois témoins qui disent la même chose, sexposent à quatre-vingts coups de fouet si un seul sur les quatre mettait en doute leur témoignage ! De la même manière, celui ou celle qui accuse son époux ou son épouse dadultère sans pouvoir faire témoigner quatre personnes sexpose à la même sentence (Sourate 24 « La Lumière », Verset 2). Il faut savoir que lune des règles essentielles de la pratique juridique dans lIslam est celle de la présomption dinnocence. Il ne faut jamais appliquer la sentence lorsquil y a un doute nous disent les juristes les plus rigoristes de lIslam. Ils nous disent également quil est préférable de libérer un coupable que de condamner un innocent. Enfin, dès les origines, lIslam insiste sur le fait quil ne faut juger que les femmes et les hommes qui peuvent être reconnus responsables de leurs actes, donc écarter les déments et les mineurs.
AN : Que peut-on déduire de tout cela ?
MA : Que la preuve de ladultère est difficile sinon presque impossible à faire !
AN : Que peut faire un homme ou une femme témoin de ladultère de son conjoint et qui ne peut pas faire témoigner quatre personnes ?
MA : Lorsquun homme accuse sa femme dadultère (ou inversement dailleurs une femme accuse son mari dadultère), sans pouvoir fournir les quatre témoins, il lui reste la possibilité de jurer par quatre fois de suite devant Dieu et devant un juge de la véracité de son accusation et dappeler sur lui à la cinquième reprise la malédiction divine sil ment. (Sourate « La Lumière », Versets 6 et 7). Cela ne fait pas la preuve de la culpabilité de laccusé (é) mais fait la preuve de la sincérité de son accusateur.
AN : Laccusé(e) peut-il (elle) se défendre ?
MA : Bien entendu ! A son tour, la personne accusée jure par quatre fois successives devant Dieu et devant un juge de sa sincérité et une cinquième fois en appelant sur elle la malédiction divine si elle ment (Sourate « La Lumière », Versets 8 et 9). Cette personne ne fait pas ainsi la preuve définitive de son innocence, mais exprime de cette manière sa bonne foi. Elle indique aussi au juge que la vie de couple est devenue impossible puisque la confiance est rompue. Le juge prononce alors le divorce sur le champ tout en prenant soin de ne laisser aucune des deux parties dans le besoin financier par rapport à lautre.
AN : La preuve de ladultère est donc très difficile à faire selon vous. Pourtant, dans certains pays musulmans, ladultère est passible de nombreuses peines dont la lapidation. Quels sont les fondements textuels et historiques dune telle pratique ?
MA : La question de la lapidation est vraiment problématique en Islam parce quelle nest jamais mentionnée dans le Coran comme châtiment possible des adultères. Elle est cependant pratiquée sur la base de Hâdith [2] tenus par le prophète dont la véracité pose problème à de nombreux exégètes.
Dans le Coran, texte fondateur de lIslam, il ny a aucune trace dincitation à la lapidation. Ce sujet nest pas évoqué. Même si le Coran, à plusieurs reprises, répète que ladultère est un acte mauvais, un crime dont il faut séloigner, vous ne trouverez pas la lapidation citée comme châtiment de cet acte pourtant fortement réprouvé.
AN : Que faut-il alors appliquer, le texte du Coran ou les recommandations des Hâdith ?
MA : Le Coran est le niveau hiérarchique supérieur à partir duquel toutes les interprétations des autres textes musulmans, comme les récits de la vie du Prophète, doivent être réalisées. Les musulmans rappellent que ladultère est interdit dans toutes les religions monothéistes. Dans lIslam, comme dans les deux autres grandes religions monothéistes, il y a trois éléments essentiels et la non observation dun de ces éléments est de la plus grande gravité : en effet, il est impératif dadorer un seul Dieu ; de ne pas tuer ; de ne pas commettre ladultère. Et bien, même dans le cas de non observation de lun de ses trois points, le Coran ne prévoit pas la mise à mort, ni par lapidation, ni autrement.
AN : Vous dites que la lapidation des hommes et femmes adultères nest pas Coranique. Comment est-elle apparue dans la pratique musulmane ?
MA : Historiquement, la lapidation nous vient de la Loi juive. Les juifs lapidaient les femmes et les hommes adultères. Cela existe dans la Loi de Moïse. Le Christ est le premier à contester cette pratique. La lapidation est lobjet dun débat « polémique » entre le Christ et les membres du Sanhédrin (les juges et juristes juifs). Ces derniers présentent au Christ une femme adultère, lui disent que selon la Loi de Moïse, elle doit être lapidée et lui demandent son avis. Le Christ leur répond « que celui qui na jamais péché lui jette la première pierre », et « ils se retirèrent à commencer par les plus âgés » nous disent les textes chrétiens. A mon avis, ce moment est une révolution extraordinaire dans lhistoire de la Loi sémitique monothéiste.
Dans le texte fondateur de lIslam, le Coran, il ny a aucune trace dincitation à la lapidation. Il ny a aucun Verset Coranique qui dise dappliquer la lapidation. Seuls des récits de la vie du prophète viennent donner aux croyants des directives en ce sens, et il convient de bien les interpréter. Même sils sont dune grande importance, les récits de la vie du Prophète restent dune portée moindre que le texte du Coran. Des récits (Hâdith) rapportent que le prophète à laissé faire dans certain cas.
AN : Vous dites que la lapidation nest pas un châtiment prévu en cas dadultère. Quel est le châtiment prévu alors ?
MA : La Sourate « les femmes » (Sourate 4, Verset 15) prévoit quune femme convaincue dadultère soit « enfermée dans une maison jusquà sa mort, à moins que Dieu ne lui offre un moyen de salut ». Cependant, la Révélation sest déroulée sur 23 ans. Des Versets plus précis sur cette question de ladultère par exemple sont venus après celui compris dans la Sourate des femmes (qui prévoit lenfermement ; NDLR). Linscription dans le temps de la Révélation à permis de développer ce que les savants musulmans appellent « la science de labrogation ». Ainsi, la recommandation de lenfermement a été abrogée par un Verset de la Sourate de la lumière qui recommande de châtier les adultères par le fouet. Lorsquil a reçu ce Verset, le Prophète a dit « voilà lissue offerte par Dieu aux femmes adultères dans la Sourate plus ancienne ».
AN : Lorsque la preuve de ladultère est faite, les châtiments successivement prévus par le Coran, lenfermement dans une maison jusquà la mort, remplacé par le fouet, sappliquent aux femmes uniquement. Les hommes ne sont pas punis ?
MA : Le Coran (Sourate 24 la Lumière, Verset 2) recommande « frappez le débauché et la débauchée... ». Cela indique que la peine du fouet est prévue pour les hommes comme pour les femmes. De plus, le texte ajoute « sévissez contre ceux (hommes) qui commettent ladultère (homosexuel) à moins quils ne se repentent. »
AN : Les hommes peuvent donc échapper au châtiment en se repentant alors que les femmes attendent leur salut de Dieu ?
MA : Nous avons déjà indiqué que la preuve de ladultère commis par les femmes est quasiment impossible à rapporter. Souvenez vous, quatre témoins, le fil passé entre les corps, la nécessaire concordance des témoignages, le fouet pour les témoins affirmatifs si un seul vient à exprimer des doutes... Comme le châtiment des femmes adultères est théoriquement impossible parce que la preuve de leurs actes est elle même impossible à faire, le châtiment des hommes doit être allégé par la possibilité de se repentir. Je répète, lIslam à un but pédagogique et dorganisation de la société. Se repentir et invoquer Dieu de manière publique valent mieux que le châtiment. Mais dans la Sourate de la lumière, le texte est sans ambiguïté. Ceux qui commettent ladultère, hommes et femmes, doivent recevoir chacun cents coups de fouets. Dans la pratique, qui na rien de Coranique mais qui est issue de la tradition, les adultères non mariés sont exilés pour une période dun an alors que les adultères mariés sont lapidés après avoir été fouettés.
AN : Certains Hâdiths évoquent la lapidation ; le Coran est muet à ce sujet. Comment expliquer linsistance du Prophète sur cette pratique ?
MA : Il convient danalyser la portée ainsi que le sens symbolique des histoires rapportées selon lesquels le prophète a laissé appliquer la lapidation ou a prononcé la peine de lapidation. Notons déjà que du vivant du Prophète, la lapidation na été appliquée quà ceux qui saccusaient eux même dadultère et demandaient au Prophète de les « purifier » par lapplication de la peine.
Arrêtons nous sur les cas de lapidation à lépoque du Prophète et, faute de références dans le Coran, étudions ce que la tradition orale nous rapporte des faits et gestes du Prophète.
Une femme vient saccuser dadultère devant le prophète. Il la renvoie une première fois en lui demandant si elle est certaine de ce dont elle saccuse. Elle revient disant quen conséquence de son adultère, elle est enceinte et demande à être lapidée, selon la Loi mosaïque. Le prophète la renvoie encore en lui disant quil soppose à la lapidation de celle qui porte une vie. Elle revient à la charge après avoir accouché et le prophète la renvoie encore en lui recommandant de finir dallaiter son enfant. Elle revient à la charge une quatrième fois et là, in fine, le prophète laisse pratiquer sur elle la lapidation. On peut déduire de cette histoire tragique que le Prophète soppose à la lapidation et repousse autant que possible ce châtiment.
AN : Est-ce quil y a des cas dhommes qui viennent également saccuser dadultère ?
MA : Oui ! dans un autre Hâdith on apprend le cas dun homme qui vient saccuser dadultère devant le prophète et demande que la lapidation lui soit appliquée. Le prophète le renvoie une première fois en lui disant « ce ne sont probablement que des embrassades ». Lhomme revient quelques jours plus tard miné par le remords et le prophète le renvoie encore en lui disant quil exagère peut-être un flirt. Mais lhomme revient encore à la charge. Le Prophète alors se résigne à lui faire appliquer la peine prévue. Les Hâdiths nous disent que le prophète avait détourné son regard au moment de la lapidation. Preuve supplémentaire de son désaccord avec ce châtiment.
AN : Pourquoi les lapider alors que vous nous expliquez que le Coran ne prévoit pas ce châtiment ?
MA : La lapidation est fondée sur un Hâdith. Celui qui rapporte ce Hâdith indique quil ne lui est pas parvenu par un savant mais par un simple boucher. Cest une manière très claire de dire quil doute de la véracité du Hâdith qui lui est rapporté !
Un autre rapporteur de Hâdith nous indique aussi lavis livré par le prophète sur la question de ladultère ; il en ressort que les adultères non mariés doivent être fouettés puis exilés pour une durée dun an alors que ceux qui sont mariés doivent être fouettés puis lapidés. Et tout de suite, Abu Bakr nous indique que « ce Hâdith est bizarre ».
AN : Il est souvent question dune Sourate prévoyant la lapidation et qui manquerait au texte aujourdhui. Quen est-il exactement ?
MA : « Ô vous les hommes, Dieu a envoyé Mohammad avec la vérité et lui a donné le Livre. Parmi ce qui est écrit dans ce Livre, se trouve le Verset de la lapidation. ». Cest ce que nous dit un récit qui rapporte les propos de Omar Ibn el Khatab, le deuxième Calife successeur du Prophète et contemporain de la Révélation. Et il ajoute : « nous ne trouvons plus aujourdhui dans le texte cette peine, mais cest une recommandation divine ; le Prophète la appliquée et nous lavons appliquée après lui ».
AN : Cela complique singulièrement les choses puisquun contemporain de la Révélation indique que la lapidation existait dans le texte sacré...
MA : Là aussi intervient la science de labrogation. Nous avons deux exemples distincts dabrogation : labrogation dun Verset par un autre plus récent ; et labrogation totale dun Verset auquel un témoin direct de la Révélation fait référence, mais qui nexiste plus dans le texte. Sans doute quOmar Ibn El Khatab fait appel à ce texte abrogé parce quà ce moment la communauté menaçait de se déliter. Aussi, la menace de la peine doit être aussi grande que la menace que ladultère représentait pour la société à lépoque.
AN : La lapidation aujourdhui est-elle légitime ?
MA : De mon point de vue , non. Cest catégorique. De plus, dun point de vue formel, jindique que la balance penche du côté du texte que nous avons aujourdhui et qui ne prévoit pas la lapidation. Il faut donc rechercher et vérifier les anciennes interprétations et en trouver de nouvelles, qui répondent aux besoins de notre temps. Je crois que le Coran porte toujours plusieurs sens et quil peut répondre aux besoins de lhomme à un moment précis de lhistoire. Je rappelle que tous les récits du Prophète qui indiquent quil aurait laissé appliquer cette peine font débat entre les docteurs de lIslam.
AN : Pour résumer, le texte du Coran ne prévoit pas la lapidation et ceux qui rapportent les Hâdith supposés la légitimer indiquent systématiquement leurs doutes sur la question. Vous même, quelle est votre opinion sur lapplication des châtiments corporels ?
MA : Je suis personnellement opposé à lapplication aujourdhui des peines corporelles, du fouet à la lapidation en passant par lablation des membres, etc. Le châtiment corporel, en Islam comme dans le christianisme ou le judaïsme à une histoire, cest à dire un début, des raisons et une fin. Il faut replacer les choses dans leur contexte. Lorsque la communauté musulmane était balbutiante, comme un jeune enfant, le propos qui lui était tenu était celui de la punition et de la récompense. Un jeune enfant fait plus facilement ses devoirs parce que ses parents lui promettent une récompense matérielle. Lorsquil devient plus grand, il fait le choix de travailler parce quil sait quil construit ainsi sa liberté et son indépendance. Je ne veux pas dire par cela quon peut laisser tomber les devoirs et obligations des musulmans. Il faut dabord bien éduquer les sociétés sur les principes de la vertu et de la morale.
AN : Cest à dire quil faut à nouveau « interpréter » le texte ?
MA : Linterprétation et leffort de compréhension du texte ne se sont jamais arrêtés. Cest « lijdithad », leffort. Je ne pense pas quil faille prendre, par exemple, au pied de la lettre limage du Paradis avec les Houris qui attendent. Ce sont des allégories destinées à la société musulmane naissante. Aujourdhui, le musulman doit défendre son opinion parce quil y croit et ne pas se déterminer par rapport à un « après » imagé. Il en va de même pour les peines corporelles. Elles avaient pour but dorganiser la société naissante. Aujourdhui, il faut rechercher, dans la lettre du texte, son esprit.
Arthur Nourel
P.S.
Pour les citations du Coran, la traduction utilisée est celle de Denise Masson, Essaie dInterprétation du Coran Inimitable, Dar Alkitab Allubnani, Beyrouth, Liban. _________________ Siryne |
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